Dans les armoires de ma mère, d'autres trésors m'attendaient....
L'immense meuble en chêne, dont le grincement des portes me faisait toujours un peu peur lorsque j'étais enfant, s'ouvrit ce jour de Novembre dans la vieille maison glacée, sur une très belle surprise.
Cachées au milieu de piles de chemises et de caleçons de coton blanc garnis de festons, de dentelles (les sous-vêtements d'autrefois), la très belle nappe monogrammée et ses serviettes faisant partie du trousseau de ma grand-mère Jeanne, me firent instantanément de l’œil.
Bien broder son trousseau était la marque du sérieux de la future maitresse de maison. Ce linge rangé dans l'armoire dédiée, portait toujours le monogramme de la jeune fille et non celui de la femme mariée. Broder son trousseau à la main, point après point, était un acte lent, qui prenait du temps, et permettait, au fil des mois voire des années, de réaliser que l'on passait du statut de jeune fille à celui d'épouse.
En recoupant les dates, ce trousseau a dû être débuté dans les années 1929, 1930.
Les serviettes, au blanc délicat et parfaitement net malgré les années, sont immenses. Il fallait protéger "largement" les robes de fêtes des dames et les costumes des messieurs lors des repas de famille !
La nappe a elle seule semble être une démonstration des infinies possibilités de la broderie (mince échantillon ci-dessous avec déjà de nombreux points) .
Je remarquais alors en inspectant mes trouvailles, que les monogrammes brodés des différentes serviettes et de la nappe n'étaient pas tous de la même qualité.
Je me suis alors inventée une petite histoire, qui me semble les jours passant, de plus en plus crédible pour ne pas dire totalement réaliste.
Jeanne ma grand-mère était la benjamine de sept enfants, d'abord trois garçons puis quatre filles. Elle n'a pas dû réaliser seule son trousseau. Je les imagine, les quatre sœurs assises au coin du poêle à bois, autour de ce beau tissu, brodant avec grand soin après leur journée de travail, piquant inlassablement leur aiguille, papotant, riant à la lumière déclinante du jour.
Marie et Marthe n'avaient pas des métiers manuels. Henriette et Jeanne, elles, avaient les doigts agiles.
J'ai volontairement rapproché les photos des différents monogrammes. Je les ai classés du plus imparfait au plus réussi. "Imparfait", le mot est peut-être un peu péjoratif, car il est déjà de belle facture et je ne sais si je serais capable de faire de même...
Tout le monogramme est à détailler, mais si l'on se penche sur le corps des papillons, les premiers sont un peu boursoufflés alors que ceux de la dernière photo sont parfaits.
Passons ensuite aux courbes des lettres. Celles de la troisième photo sont élégantes, régulières, harmonieuses.
Parties d'un même modèle, les quatre sœurs en ont donné chacune une interprétation un peu différente en fonction de leur habileté et je pense aussi de leur patience.
Cette découverte m'a enchantée ! Un siècle après, j'avais dans mes mains l'image des quatre sœurs très proches en âge (une seule année se glissait entre chacune), toujours très unies dans leur vie, habitant le même village. Je les ai connues âgées, ridées, les cheveux blanchis.
A ces différents monogrammes se superposèrent les rares photos sépia prises chez un photographe, trouvées dans la même grande armoire. Il me fut alors facile de les imaginer, brodant côte à côte, leurs têtes proches, penchées sur leur ouvrage, dans leur lumineuse jeunesse.

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Comme ce texte est émouvant ! Merci !
RépondreSupprimerMerci Marie. Tu nous gâtes souvent avec des textes magnifiques.
SupprimerBelle fin de semaine.
Je suis ravie d'avoir trouvé votre page instagram !
SupprimerMoi aussi, j'ai trouvé " Bonheur du jour "sur Insta, et je me suis abonnée !
SupprimerQuelle belle histoire "brodée" à partir de ces délicates traces du passé, chère Claudie !
RépondreSupprimerMerci Anne ! Tu as raison, le mot "brodée" prend ici tout son sens.
SupprimerLes monogrammes sont réels, l'histoire "brodée" peut-être...surement...
Je t'embrasse.
J'aime ce monogramme aux papillons et le beau récit que tu nous fais de cette époque où les filles brodaient leur trousseau (au lieu d'aller à l'école ;-) et montraient ainsi leurs talents, leur patience aussi. Avoir ces tissus entre les mains, comme elles, c'est très touchant, un pont vers ces quatre sœurs.
RépondreSupprimerUne nappe pour une belle occasion ? Bonne fin de semaine, Claudie.
J'ai vraiment ressenti, le tissu entre les mains, cette impression de "pont" comme tu le dis si bien. Pont entre deux époques, pont entre mes grandes-tantes, grand-mère et moi, et pont entre elles aussi. Cet amour l'une pour l'autre, je le ressentais enfant sans pouvoir bien l'analyser. Ces monogrammes me l'ont rendu réel comme jamais.
SupprimerMerci Tania pour ton beau message, belle fin de semaine chez toi.
Ps: la nappe sera celle de la table de Noël.
Un très joli billet qui nous transporte dans le temps passé, j'imagine moi aussi ces jeunes filles, riant, se piquant les doigts avec leurs aiguilles et échangeant sur tout et rien. Tu possèdes de véritables trésors qu'il te faut conserver bien précieusement. Je me demande si les jeunes filles d'aujourd'hui sont aussi sensibles à la broderie... J'en doute. ;-) Bises alpines.
RépondreSupprimerJe me suis même dit que cela ferait un bien joli tableau à peindre !
SupprimerOui, des jeunes femmes brodent encore aujourd'hui. Sarah Despoisse (alias Les Plaisanteries) jeune créatrice pour Marie Claire Idées brode, coud, et a publié plusieurs livres inspirants dont un sur la broderie.
A voir aussi les merveilles de Yumiko Higuchi.
Bises à toi la montagnarde !
Je suis toujours émerveillée par ce travail de broderie et la patience de ces brodeuses ou brodeurs. Ton histoire et ses conclusions me paraissent très plausibles, les familles étaient soudées et le travail manuel occupait les soirées, pas d'écrans divers et variés à l'époque ! Ce trésor tombe entre de bonnes mains, tes ancêtres doivent être émus. Je t'embrasse Claudie, douce semaine. brigitte
RépondreSupprimerLes veillées d'autrefois, réunissant autour du feu les différentes générations, parfois les voisins étaient certainement un élément important dans l'équilibre des familles. Certaines brodaient en papotant, les plus érudits lisaient, les "Nouvelles" des autres villages circulaient. Ces soirées devaient être enrichissantes et apaisantes aussi. Pas d'écrans comme tu le dis, pas d'individualisme, ils étaient vraiment "ensemble".
SupprimerLa réouverture de ces armoires, la découverte de ces trésors de couture, de broderie, la lecture de lettres anciennes venant du front d'un très jeune grand oncle mort en 1915, les cartes de "Bonne Année" nombreuses, naïves et colorées...les font revivre devant moi. Je caresse du doigt leur vie extrêmement simple, sans voiture pour mes grands parents (les déplacements vers les autres villages se faisaient à pied ou en vélo), en communion totale avec la Nature. C'est terriblement émouvant !
Merci Brigitte, belle journée, je t'embrasse très amicalement.
Votre texte et ces broderies sont très jolies ! Après avoir lu les commentaires, je vais dans votre sens pour dire que oui les jeunes filles d'aujourd'hui brodent aussi mais pas pour montrer patte blanche comme épouse mais pour leur plaisir d'abord et aussi celui d'offrir aussi ! J'ai 48 ans et ma mère, née en 1943, a vécu cette époque des veillées, du fait main, de "l'école ménagère" à défaut de pouvoir suivre des cours pour devenir institutrice, ... mais, même si elle nous a beaucoup transmis, même si nous aimons "l'ancien", si nous avons des chevaux de trait, que nous sommes restés paysans de génération en génération, je n'ai aucune nostalgie de la vie de labeur et d'obligations qu'ils avaient, qu'elle a su nous expliquer avec objectivité. Ce qui ne m'empêche d'admirer avec un immense respect ces ouvrages. Je vous souhaite une belle fête de Noël avec votre table qui devrait être magnifique parée de ces broderies !
RépondreSupprimerMerci pour ce long message qui m'a touché.
SupprimerOui, les jeunes femmes brodent maintenant pour leur plaisir et ne regrettons pas ce temps de soumission, de devoir et d'obligations.
Dans le monde paysan la vie était très dure pour les femmes. Elles contribuaient pour une grande part aux travaux de la ferme en plus de l'entretien du jardin, des soins aux animaux et de l'éducation des enfants. Votre maman semble avoir su vous transmettre beaucoup de belles choses malgré ses multiples taches et occupations.
Joyeux et Doux Noël à vous aussi et à bientôt ! Claudie.
Je repasse par ici pour te souhaiter un très joyeux Noël et de belles fêtes de fin d'année, paisibles, sereines et joyeuses. Je t'embrasse fort, à l'an prochain.
RépondreSupprimerbrigitte
Merci Brigitte pour cette gentillesse et cette douceur.
SupprimerJoyeux Noël chez toi aussi, avec Paix, Douceur, et Amour.
Je t'embrasse aussi bien fort.
PS: un peu débordée, je vais essayer de sortir un article sous peu...peut-être avant le 1er janvier...
Tu n'as pas trouvé le temps... Ah ce temps !!! Je te souhaite une bonne année 2026, de la joie dans ton cœur, nous en avons tous si grand besoin. Bises de l'an tout neuf et à bientôt Claudie. brigitte
RépondreSupprimerMerci pour tes bons vœux Brigitte !
SupprimerA mon tour de te souhaiter une Année de Douceur et de Joie, accompagnée d'une belle santé pour toi et tous les tiens.
La maisonnée est encore pleine, le temps manque...
Je t'embrasse affectueusement. Claudie.