dimanche 22 mars 2020

Combattre !

Nous avons un jardin potager et un verger, enfin jusqu'à présent je disais "l'Homme a un jardin potager et un verger" m'y investissant assez peu. Je râlais souvent contre l'isolement à la campagne, le cinéma, la médiathèque à plusieurs kilomètres de voiture, l'impossibilité de partir à pied, légère, panier au bras faire quelques courses. La situation actuelle change tout ! 
"Mon jardin je t'aime !" ai-je envie de lui crier aujourd'hui. 

Pour ceux qui vivent en ville, en appartement, avec ou sans enfants, souvent sans balcons, voici quelques photos cueillies très tôt ce matin, à la fraiche dans un calme que je supportais mal avant... mais cela c'était avant !






Un parterre de primevères près d'une maison de pierre de mon village lors d'une promenade. 
Il illumine l'arbre encore en dormance. 


Et ces dernières pâquerettes pour Anne !


Les médecins et les épidémiologistes prévoient pour les semaines qui arrivent la fureur d'une vague assez terrible. 
Les soignants combattent sans relâche, jusqu'à l'épuisement dans des conditions extrêmes. 
Lorsque l'on entre dans de telles professions, on connait les contraintes et on accepte les risques. 
Il ne s'agit pas d'être des héros, mais comme dit Camus en parlant du Dr Rieux "de bien faire son métier".

Le combat des confinés est plus simple. 
En sortant le moins de fois possible pour des courses seulement indispensables (pas chaque jour pour deux yaourts et quatre mandarines), en respectant les consignes de distance, et surtout en restant chez soi, vous vous protégez et vous protégez aussi les soignants. 
C'est une nécessité vitale pour tous !
Comme a écrit dans Libération Cristana Comencini, romancière italienne " Ça n'arrive pas tous les jours de sauver l'Italie en restant en pyjama."

Prenez soin de vous, des vôtres, et ainsi vous prendrez soin de nous tous.  
Je vous embrasse. Claudie. 

vendredi 6 mars 2020

"La forêt des 29"




Ce petit livre de poche arrivé sur mon bureau, fatigué, taché, écorné a une double histoire. 
Celle du grand voyage qui a été le sien et celle écrite par Irène Frain il y a presque une dizaine d'années. 

Il m'a été rapporté par notre jeune couple de Globe Trotters (notre fils et sa compagne) parti l'été dernier pour un road trip en Asie de plusieurs mois. 
Trouvé au Cambodge près d’Angkor dans une "bibliothèque-boutique portative", le livre a ensuite parcouru avec eux les routes du Laos, puis de la Malaisie. Il a voyagé en bus, en vélo. Passant d'un pays à l'autre en train, il a logé la plupart du temps chez l'habitant et dans des auberges de jeunesse. Il a été lu, lentement, en regardant le soleil se coucher, en écoutant le bruissement de la forêt. Souvent à deux voix chuchotées lors de l'étape, pour ne pas déranger, mais aussi parfois à voix hautes pour couvrir le grondement du cours d'eau près duquel le jeune couple s'était reposé d'une marche. 
Je mesure, à la volonté de le ramener, combien il a été précieux pour eux, le coup de cœur ressenti loin de leur pays. Nos jeunes voyagent en effet toujours extrêmement léger, n'ayant en tout et pour tout qu'un petit sac à dos chacun, si petit qu'il passe aisément dans la catégorie "bagage à main " à l'aéroport ! 

Si seul le strict nécessaire les accompagne, là bas à l'autre bout du monde, il leur a paru essentiel de glisser ce livre dans leurs bagages. J'ai voulu savoir pourquoi. 

Aussi, à leur retour devant leur enthousiasme, j'ai commencé sa lecture. Après une première partie peut-être un peu longue, l'histoire vraie de Djambo se met en place. 
Nous sommes en Inde, dans le Rajasthan en 1485 (la fin du moyen âge chez nous) et ce jeune paysan fuit, à la tête d'un petit groupe, la famine et l’épidémie qui ravage sa région. La sécheresse s'est installée après une déforestation massive. Il fallait du bois pour brûler les morts mais aussi pour construire les palais de plus en plus mirifiques des puissants. 
Arrivés sur une colline, ils fondent une communauté avec des préceptes d'une immense modernité. 
Djambo semble être assez exceptionnel, il est "méditatif et réceptif aux signaux qu'il reçoit du monde". Pour lui "il n'y a d'autre religion que le respect total de la Nature, des animaux, des arbres et aussi des plantes". 

"Et rappelez-vous que la nature est un corps, un corps immense dont nous ne sommes nous, les humains, qu'une infime partie. Mais si petits soyons nous, nous nous en sommes pris à ce corps et l'avons gravement blessé. A nous de le guérir, non par une religion de plus mais par une nouvelle façon de vivre, une humble façon...et soyons patients car le seul lieu des hommes, ce n'est ni leur champ, ni leur village, ni leur ville, ni même leur pays. C'est le temps."

Il a réussi à fédérer des centaines de personnes, d'anciens "adorateurs de Shiva, de Vishnou, de la Matriarche Noire et même des Fils du Croissant (pour qui leur Dieu n'a pas d'image, ils se nourrissent de viande de vache, ne brûlent pas mais enterrent leurs morts)". 

Les préceptes de Djambo sont arrivés jusqu'à nous soit transcrits par Udo son fidèle compagnon, soit portés par la tradition orale. Ce qui est assez stupéfiant dans l'énoncé de ces préceptes, c'est la résonance qu'ils trouvent maintenant en 2020. 
Djambo et ses compagnons ont écrit 29 règles "pourquoi pas 28 ou 30, non 29 ça s'est trouvé comme cela". 
Irène Frain est partie en quête des 29 préceptes de cette micro-société qui avant l'heure abolissait les castes, protégeait la femme, avait obtenu des terres fertiles et éradiqué la famine. 
En langue du désert, 29 se dit "Bishnoïs". Et l'on trouve encore en Inde de nombreux représentants des "Bishnoïs". 
Je vous laisse découvrir quelques uns des 29 préceptes qui m'ont le plus marquée: 
           "  1: Pendant trente jours après l'accouchement, tenir la mère et l'enfant à l'écart de la communauté; dispenser la femme de tout travail, afin de lui éviter les infections et de permettre son rapide rétablissement" 
..............9: Toujours réfléchir avant de parler, filtrer ses paroles avec le même soin que son eau et son lait. 
.............18: Étendre le principe de compassion à tous les êtres vivants. 
.............19: Ne jamais s'en prendre aux arbres verts. N'utiliser que du bois mort. 
.............20: Détruire en soi toute forme de passion, colère, cupidité, jalousie, envie. "

Et ce dernier que je trouve si délicat : 
............29 "Ne pas utiliser de vêtements teints en bleu afin d'épargner les fleurs de l'indigotier qui, pour obtenir cette couleur sont précipitées dans l'eau bouillante" .

La liste se complète d'autres prescriptions qui sont rigoureusement observées.
  "Réserver un dixième des récoltes pour l'offrir aux animaux sauvages "
  " Ne compter que sur soi-même et sur la communauté, ne rien attendre des puissants".....

En parcourant le livre d'Irène Frain, j'ai mieux compris l'enthousiasme de mes jeunes, et leur volonté d'inclure ce livre dans leur (maigre) bagage !
Peut-être avez-vous déjà lu le livre d'Irène Frain ? Ce livre a-t-il été marquant pour vous ? 

Je n'ai cessé de faire pendant sa lecture, des parallèles avec notre monde d'aujourd'hui, sa crise climatique, la déforestation, l'épidémie, les déplacements de populations, les guerres entre les peuples. Ces allers-retours entre le Moyen Age du livre et notre année 2020, et l'impression que les mêmes problèmes se posent, loin de me décourager, m'a rassurée. Un homme avait trouvé une solution, une façon de vivre respectueuse, il a pu la mettre en application, et elle a fait ses preuves. 
S'il l'a fait en 1485, c'est que c'est possible ! 

La dernière recommandation "ne rien attendre des puissants" résonne aujourd'hui en moi de façon très aïgue. En effet, je sors du film " Dark Waters " (histoire vraie du combat d'un avocat assez seul, contre la grande firme DuPont qui depuis des années empoisonne le sous sol et les habitants avec un produit hautement polluant)....et le héros, à la fin du film, emploie pratiquement les mêmes mots !

Je vous laisse découvrir la destinée de ce peuple "Bishnoïs", qui avait déjà profondément intégré que la Terre n'était pas inépuisable, et qu'il fallait en prendre grand soin. 
Sur le lien suivant, vous retrouverez une interview d'Irène Frain nous expliquant sa recherche, et sa passion pour ce peuple du désert:  Lien vidéo.



Livre : "La forêt des 29" Irène Frain, édition poche j'ai lu.

vendredi 14 février 2020

Rénovation "version Noir", du petit bureau Baumann et de sa chaise (tuto) #2

Lorsque l'on a plusieurs familles de Loulous, que l'on possède un grand grenier il ne faut pas hésiter à faire du stock, si l'on tombe sur des perles (j'entends par là de vraies bonnes affaires). 


J'avais déjà rénové il y a quelques années un petit bureau Baumann (petit objet culte aux pieds compas) et sa chaise (ICI) dans une version "bleu foncé". Ils passent en cascade d'un frère à l'autre dans la première famille. 
Je pensais que le schéma pour la rénovation du second serait le même... et bien non !
Les objets nous réservent souvent des surprises... 

Le petit bureau et la chaise étaient bien abimés. 



J'ai été contente de retrouver le nom "Baumann" entre les pieds de la petite chaise !


Ici le plateau de la chaise est décollé.



Il va passer deux jours hérissé de serre joints après un apport généreux de colle à bois entre les deux parties.



Ce n'est pas la première fois où j'ai l'impression que les objets nous entrainent sur des chemins pas vraiment tracés. 
Déjà ICI, avec la petite commode vintage ramassée en vrac dans un dépôt, nous avons eu de grands moments de perplexité, avant de trouver comment faire. 

Pour ce dernier bureau, après le ponçage du plateau, de vilaines taches rouges se sont révélées bien ancrées (on pourrait aussi dire "encrées" !) dans le bois. 

Il fallait dans ce cas, inverser la démarche de la dernière rénovation. 
Le plateau sera peint. Les pieds seront vernis. 





Après un ponçage rapide au papier de verre de différents grains, la sous couche blanche, "sous couche pour peinture minérale et tons pleins" de chez Ressource, est passée sur toutes les parties qui seront à peindre.  

Puis c'est au tour des deux couches de la peinture noire "radis noir Sarah Lavoine 11" choisie par les jeunes parents.       



Les parties laissées en bois ont été poncées soigneusement puis sont protégées avec un vernis mat incolore posé en deux couches: "vernis mat profond incolore" de chez V33.                    


Voici le petit bureau une fois terminé. Sous la lumière, il parait bleu très foncé, il est en fait vraiment noir (cf la photo avec l'oiseau de la Petite Verrière).


Sous la chaise, entre les pieds, j'ai laissé une petite fenêtre non peinte pour que la marque "Baumann" soit encore présente.





Dans le tiroir, bien caché, l'oiseau de la Petite Verrière se repose.


Le bureau est maintenant opérationnel ...et utilisé ! 
Sur la photo envoyée par la jeune maman, Loulou a semble-t-il enchainé les activités "draisienne" et "dessin". 
Il a peut-être raison de ne pas avoir ôté son casque. Il est bien connu que travailler peut être dangereux !



Ces objets qui semblent nous guider, me font penser que souvent en sculptant le bois, on découvre un nœud bien placé qui va valoriser le sujet, ou une fissure ancienne qui semble se trouver là, non par hasard mais par nécessité. 
Incorporés à la sculpture, ils lui donnent une autre dimension et auraient manqué s'ils avaient été absents. 

En poussant un peu plus loin la notion d'aléatoire, d'imprévu, et aussi d'une certaine magie de la matière, je me rappelle de cette touchante histoire venue d'Afrique. 

Le sculpteur arriva au village tirant sa charrette suivi d'une cohorte d'enfants heureux de voir un peu de nouveauté venir jusqu'à eux.
Il s'installa sous l'arbre à palabres, déchargea l'énorme morceau de bois qui était dans sa charrette, sortit gouges, maillet et râpes et il commença à l'entamer.
Il lui fallut plusieurs jours de labeur, protégé par l'ombre généreuse pour qu'enfin une forme se dessine et devienne de plus en plus précise.
Le groupe d'enfants était toujours près de lui, observant avec attention, caressant le bois, ramassant des copeaux tire-bouchonnés, lorsque la plus merveilleuse des questions de sa longue vie de sculpteur lui fut posée :

"Dis Monsieur, comment tu as su que le cheval était dans le morceau de bois ? "


jeudi 9 janvier 2020

2020 !

Parmi le chaos de branches et de feuilles mortes de la saison passée,  
Recouvertes par le givre mordant, chaque matin de chaque jour, 
Ces feuilles vertes affichent un certain optimisme,
Et nous livrent un mantra qui pourrait être le nôtre. 




Malgré l'adversité, que 2020 soit pour vous Joie, Confiance et Espérance !

Je vous embrasse. Claudie.